Salut, moi c’est Briac, enchanté.
Ici, je partage avec toi mon histoire, celle d’un enfant des années 80, qui découvre sa préférence pour les hommes.
Sans détour, je livre les étapes qui ont permis ma construction en tant qu’homosexuel. Les questions, les épreuves, les plaisirs.
Pas de censure dans mes textes, c’est mon histoire à l’état brut, on ne va pas tourner autour du pot.
Participe, réagis, donne ton avis, partage ton expérience.
Nous sommes entre nous.
1 – Le déclic
Je me souviens de la période durant laquelle j’ai compris que je préférais les hommes. Ce n’est pas un instant précis, une date à marquer sur le calendrier. Il n’y a pas eu de déclic brutal, plutôt une révélation étape par étape.
Cela remonte à la dernière année d’école primaire. Les filles commençaient à s’intéresser à moi, parce que, sans vouloir me jeter des fleurs, j’étais un garçon mignon. J’aurais pu sortir avec l’une d’entre elles, puisque je n’avais pas encore défini ma préférence.
Quand on ne sait pas, quand on ne s’est pas encore posé les bonnes questions, on se laisse influencer par le monde qui nous entoure, les stéréotypes, le chemin que tout le monde a parcouru avant nous. Je parle ici des années 80, il faut se replacer dans le contexte.
On ne voyait pas d’homosexuels dans les films ou les séries. Il n’y avait pas de littérature pour ceux qui préfèrent les hommes. Surtout, il faut se souvenir qu’il n’y avait pas internet. Quand on se posait des questions, on ne pouvait pas simplement se rendre sur Google pour avoir des réponses. Il fallait en parler à quelqu’un dans la vraie vie. Ce qui est extrêmement difficile, voire impossible.
Alors, plutôt que d’obtenir des réponses, on suit le mouvement. Enfant, on aspire à être comme les autres, à ne pas sortir du lot. C’est tellement puissant, le poids de la culture, des traditions, que oui, un jour j’ai embrassé une fille, dans la cour de récréation, sur la bouche. Je n’ai rien ressenti de particulier. C’était agréable, mais je n’avais pas de petits papillons dans le ventre.
En revanche, il y avait ce camarade de classe, Sébastien. Je le trouvais tellement beau. Au début, j’ai pensé que tout était « normal ». Je déteste ce mot, mais quand on ne s’est pas encore construit, on essaie d’être « normal », de se couler dans le moule en imitant les autres. Alors, dans mon cerveau, j’expliquais cette attirance par le fait que nous avons tous besoin d’un modèle.
Les amis, surtout à cet âge, on les prend pour exemple. Lui, il était beau et bien foutu. Je ne parle pas de jolis petits muscles et d’un ventre plat avec des abdominaux, nous sommes à l’école primaire. Disons qu’il était déjà bien dessiné. Surtout, il était sûr de lui, viril pour son âge, ce que l’on appelle un bourreau des cœurs.
Et effectivement, c’est lui le premier, dans notre classe, qui est sorti avec une fille. Ainsi, à la fois mignon, sportif et masculin, il avait tout pour être mon modèle. Je le regardais beaucoup. Je ressentais quelque chose de particulier en sa présence. Impossible de savoir, à l’époque, ce qu’était ce sentiment que j’avais envers lui, cette attirance. Ce que l’on désigne comme le charisme ? Il en avait, ce n’était pas ce qui perturbait mes sens.
Quand est-ce que j’ai compris ? Quand je l’ai vu embrasser sa petite copine dans un coin de la cour de récréation. À ce moment, je ne me suis pas dit que j’aimerais avoir une copine et pouvoir l’embrasser. Tout ce à quoi j’arrivais à penser c’est que je voulais être à la place de cette fille, que ce soit à moi que Sébastien roule une pelle ! Ne pas être dégoûté par le fait de partager sa salive avec un mec, c’était déjà un indice.
C’est perturbant, à cet âge, d’avoir ce genre de pensée. Je ne comprenais pas bien. Pourquoi est-ce que je voulais qu’un garçon m’embrasse ? Est-ce que j’aurais préféré être une fille ? Ce sont des questions qui m’ont beaucoup perturbé avant que je ne comprenne que non, je voulais être un homme et être dans les bras d’un autre homme.
C’était le déclic. Ensuite, bien sûr, il a fallu beaucoup de temps pour que je prenne réellement conscience de ce qui se passait. Puisque je n’avais pas d’exemple, que je ne connaissais personne d’homosexuel (c’était ce que je croyais), je ne savais pas vers qui me tourner. En parler à mes potes ? Impossible, ce n’était pas la « norme », je ne devais rien dévoiler. Inutile de dire qu’il était tout aussi impossible d’en parler à quelqu’un de ma famille.
Pendant ce temps, je commençais à développer mon univers. Le soir, avant de m’endormir, je visualisais Sébastien, me tenant dans ses bras, me serrant contre lui, déposant ses lèvres contre les miennes. J’avais embrassé une fille et je n’avais rien senti de particulier. Mais le simple fait d’imaginer le corps de Sébastien contre le mien, sa langue dans ma bouche, me donnait des frissons dans tout le corps.
Ce n’était pas qu’un modèle. Le long chemin pour accepter mon attirance commençait. Et cela allait prendre du temps. Pour l’instant, seul dans ma chambre, j’étais heureux, en pensant à lui, en m’imaginant vivre une histoire d’amour avec lui. Ce n’était pas que physique, les sentiments venaient s’en mêler.
Mon comportement a commencé à changer. Quand je lui parlais, je ne voyais plus simplement un camarade de classe. Tout mon corps se transformait en coton pendant nos conversations, j’étais presque timide devant lui, je n’arrêtais pas de le fixer et de me dire que tout ce que je voulais, c’était être contre lui, nu.
Je pense qu’il n’a jamais rien remarqué. Son comportement à lui n’a pas changé du tout. Il me considérait comme ses autres potes. À me taquiner, à être assez tactile, dans la limite de ce que l’on peut faire entre mecs. Pour moi, tous ces gestes avaient une autre signification. Son sourire me faisait fondre, de le voir dans les vestiaires provoquait des sensations que je ne comprenais pas encore.
J’avais envie de son corps, d’une manière que je n’avais jamais ressentie pour une fille. On le sait, notre préférence émerge immédiatement. Notre seul travail est de l’accepter, de l’assumer.