Découvrez-moi

La genèse d’un auteur

Je me rappelle très bien cette journée de 2011. À l’époque, je vivais à Paris. Avec un ami, nous avions l’habitude de nous retrouver, le dimanche après-midi, dans un bar-restaurant situé non loin du Louvre : L’Imprimerie. Parfois, cette rencontre était précédée par une visite d’exposition. Parfois, nous allions simplement boire un verre dans cet endroit très agréable. Le gérant et son barman étaient sexy…

Cet ami savait que j’écrivais des petites histoires. À l’époque, on ne parlait pas encore de M/M, ce n’était pas, à ma connaissance, un genre littéraire reconnu. Il a lu quelques-unes de mes nouvelles et c’est lui qui m’a encouragé à les diffuser sur internet, pour les faire connaître à d’autres. Toujours à l’époque, le premier réflexe, pour apparaître sur le réseau mondial, était de créer son propre site.

C’est ainsi qu’en novembre 2011 est né : contesdegays.com. Des contes, parce qu’il s’agissait de courtes histoires tournant principalement autour de fantasmes. De gays, par filiation aux contes de fées. D’accord, ce n’est pas d’une subtilité énorme, mais depuis, je n’ai jamais renoncé à ce site qui connaîtra de nombreuses transformations. Des phases de grande activité, des périodes de délaissement total, de fréquentes résurrections.

C’était la première fois que je rendais mes histoires disponibles au grand public. Du moins, que je pensais avoir des milliers de lecteurs. Je dois dire que je n’ai pas été déçu, il y avait du monde qui venait lire mes nouvelles, les commenter, m’encourager dans l’écriture. Je pourrais exhumer certaines de ces nouvelles, qui actuellement ne sont plus disponibles nulle part. Ce n’était de loin pas de la grande littérature. Comme dit, il s’agissait surtout de fantasmes, assez crus.

C’est ce même jour que nous avons choisi mon pseudonyme d’auteur. Il est plus simple d’écrire librement quand son propre nom n’est pas associé aux écrits. Enfin, c’est un débat qui anime toujours le monde de l’édition. Bref, l’heure était déjà avancée et nous avions consommé pas mal de verres. Alors, je vais vous décevoir, je ne sais plus exactement comment nous en sommes venus à Andrew Carlson.

Pour ce qui est du prénom, je sais que nous avons voulu américaniser mon second prénom français : André. C’est à peu près tout ce dont je me souviens. Carlson a certainement été choisi parce que ça sonnait bien.

Voilà comment, en un après-midi, dans un bar, avec un ami, mes écrits ont pris une autre dimension. J’ai créé mon propre site, j’avais mon pseudonyme, l’aventure pouvait commencer !

La salle de sport

Mes premiers écrits, donc des nouvelles, plutôt à tendance érotique, tournaient principalement autour de l’univers de la salle de sport. Encore aujourd’hui, c’est un lieu qui apparaît souvent dans mes romans. C’est un endroit très intéressant pour un auteur, car il s’agit d’une micro-société, dans laquelle se reproduisent toutes les attitudes et tous les codes que l’on retrouve dans la société en général. J’observe beaucoup, quand je suis au sport. Pas seulement parce qu’il y a des beaux gosses, mais parce que le fait de décortiquer le comportement des gens m’inspire pour mes romans.

Durant mon adolescence, je pratiquais pas mal de sports. Dont l’athlétisme, le tennis et la natation. Lorsque j’ai débuté mes études supérieures, je ne sais pas trop pourquoi, ces activités ont cessé, mis à part peut-être le footing du week-end. Normalement c’est durant cette période que l’on pratique le plus, pour moi cela a été l’inverse.

Ce n’est que le 27 septembre 2008 que je m’y suis remis. Étant donné que pour certaines et certains d’entre vous, 2008 est votre année de naissance, je précise que moi j’avais trente ans. Je me souviens précisément de la date car, durant l’été qui a précédé, je me suis inscrit une première fois dans une salle. Je m’y suis rendu à deux reprises, avant d’abandonner. Je l’ai vécu comme un échec, je me suis remotivé et c’est pourquoi je me souviens du 27 septembre, puisque c’est le jour où je me suis discipliné, où j’ai repris les choses en main et depuis, je n’ai jamais arrêté.

Cela peut paraître anecdotique, mais ce parcours est important, puisqu’il nourrit pas mal de mes écrits. L’auteur est d’abord et en premier lieu un observateur. Et il n’y a pas meilleur endroit que la salle de sport, comme je l’écrivais plus haut, pour observer la société en miniature. Et également pour faire de belles rencontres, qui parfois changent le cours de l’existence.

La première salle que j’ai fréquentée était associative. Une petite structure, indépendante, très sympa. La gérante voulait une ambiance coopérative entre les membres. On s’entraidait, je n’étais jamais seul, il y avait toujours quelqu’un pour me conseiller, me montrer des exercices. J’ai appris énormément durant cette période et je me suis fait quelques amis. Nous étions encore à l’époque des vestiaires collectifs (ceux-là existent toujours) et des douches collectives (elles ont tendance à disparaître rapidement).

On faisait du sport ensemble, on se changeait ensemble, on se douchait ensemble. Il n’y avait pas toute la pudeur qui s’est imposée aujourd’hui. C’était une belle période, en toute décontraction, permettant des échanges beaucoup plus simples. Il était facile de se faire des potes, puisque nous partagions déjà une certaine intimité. Malheureusement, cette salle n’a pas tenu face aux grandes chaînes. J’ai dû me résoudre à m’inscrire ailleurs.

Il n’y a pas de hasard dans un parcours de vie. Je crois que les grandes lignes sont écrites d’avance, c’est ce que l’on appelle la destinée. Grâce à ce changement forcé, j’étais sur le point de rencontrer celui qui allait devenir mon éditeur…

La rencontre

Nous sommes en 2010 et j’ai changé de salle de sport. Je suis désormais inscrit dans une chaîne, qui aurait pu sembler totalement impersonnelle. En réalité, il y avait encore une bonne ambiance à cette date, les gens discutaient facilement. Je pense que c’était dû au fait que nous devions tout partager. Les vestiaires, les douches et il y avait même un sauna. Il ne faut pas immédiatement y voir quelque chose de tendancieux : dans cette salle il y avait une majorité d’hétéros. Au moins, cela permettait de développer une sorte de fraternité. Due au fait de savoir que nous allions nous retrouver dans les vestiaires, où on serait jugé, les gens étaient plus zen.

Il y avait de nombreux beaux gosses. C’est quand même l’une des motivations principales pour aller à la salle, il ne faut pas se le cacher. Et puis, une personne est soudainement sortie du lot. Je ne saurais pas donner la date exacte, mais un soir, j’ai croisé le regard de ce mec, en train de s’entraîner sur le tapis de course. Instinctivement, j’ai su que nous ferions un bout de chemin ensemble. Je n’avais aucune idée de la forme que prendrait cette trajectoire commune.

Il m’a fallu des semaines pour oser l’aborder. Je sentais bien que ce n’était pas lui qui allait lancer la conversation. Nous ne faisions qu’échanger des regards, rien de plus. J’ai pris l’excuse, banale, de lui demander de l’aide, pour soulever des haltères, afin qu’il y ait un premier contact. Puis j’ai entamé la conversation, c’était assez laborieux. Du moins, la discussion était basique : qu’est-ce que tu fais dans la vie ? Tu habites dans quel quartier ? Tu viens souvent à la salle ? Des niaiseries du genre.

Nous nous sommes revus régulièrement, toujours dans le cadre de la salle de sport, jusqu’à ce que j’ose lui proposer d’aller boire un verre. En amitié comme en amour, c’est délicat de déclencher la première rencontre, en tête à tête. À ce stade, il était toujours impossible de savoir quelle route emprunterait notre relation. Nous avons ainsi passé une soirée face à face, à la terrasse d’un bar. Il m’a parlé de sa vie et surtout de sa passion : l’écriture !

Une fois ce sujet lancé, nous n’avons pas vu le reste de la soirée passer. Il me parlait de ses romans, je lui parlais de mon site. Avoir une passion commune facilite grandement les choses. Nous avons peu à peu compris que ceci n’était pas un rencard, mais certainement le début d’une amitié. Après cette soirée, chacun est retourné chez lui. J’avais à découvrir son univers littéraire, il allait découvrir le mien. J’avais un peu honte, puisqu’il s’agissait d’histoires très érotiques.

Nous nous sommes revus assez rapidement. Au-delà du thème abordé dans mes écrits, il a réussi à déceler une forme de talent pour l’écriture. Il allait me coacher pour que je développe mes histoires…

Wattpad, 2015.

Avec Jean-Philippe, nous avons passé pas mal de soirées à discuter, de nos écrits. Surtout, il m’a encouragé à développer mes histoires. Je ne faisais encore que proposer des courtes nouvelles sur mon site contesdegays, qui ne touchaient pas un énorme public. Certes, il y avait quelques réactions, principalement parce que j’accompagnais ces textes de photos très sexy. L’engouement n’était pas vraiment là, j’allais trop vite, je ne prenais pas le temps de peaufiner les histoires.

L’étape suivante a été : Wattpad. Pour celles et ceux qui ne connaissent pas, c’est un site qui permet aux auteurs de diffuser leurs écrits facilement, chapitre par chapitre et de recueillir les réactions des lecteurs. C’est une plateforme très formatrice, cela m’a permis d’acquérir une certaine discipline. Je voulais écrire un chapitre par semaine ! Ce qui ne semble pas grand-chose, c’est tout de même un travail énorme puisqu’il faut aussi le temps de relire et de corriger, pour ne pas faire n’importe quoi.

Encouragé par mon nouveau pote, j’ai réussi à me motiver. Il n’était jamais intrusif, me laissant écrire comme je voulais. Il savait qu’un auteur devait rester libre pour créer. C’est l’état d’esprit que l’on retrouvera bien plus tard chez Antinoüs éditions. Je n’avais droit qu’à quelques conseils, de temps en temps, pour me perfectionner. Surtout, j’ai découvert que j’adorais ça, passer du temps à écrire, inventer des histoires, développer des personnages. Sans Jean-Philippe, certainement que j’aurais abandonné…

Parmi les histoires que j’ai proposées sur Wattpad, certaines sont ensuite devenues de véritables romans. Les premiers pas d’Amitié améliorée se sont faits sur ce site. Si je regarde aujourd’hui, il y a plus de 300 000 lectures et l’histoire est en dixième position dans la catégorie Gay. Ma vraie nature a aussi connu un grand succès sur Wattpad, avec 230 000 lectures et l’histoire est huitième dans le même classement. Je suis en compétition avec moi-même…

Autant dire que Wattpad a été une très belle aventure. J’ai principalement apprécié de pouvoir échanger avec les lectrices et lecteurs, directement, en répondant à leurs commentaires sur chaque chapitre. Une activité chronophage, mais au moins j’avais dans mes fichiers des romans complets. Il était temps de passer à l’étape suivante : la publication.

KDP, 2018.

C’est en 2018 que j’ai publié mon premier livre, en version numérique, sur Amazon. Avant cela, il faut se souvenir que l’autoédition n’était pas vraiment démocratisée. Du moins, c’était beaucoup plus compliqué qu’aujourd’hui. La nouvelle génération n’a pas connu Lulu.com, le premier site qui proposait de s’autopublier (c’était laborieux). Puis il y a eu CreateSpace, qui ne permettait que la publication papier. Avant que ce dernier site ne soit racheté par Amazon qui a imposé sa force principale : la simplicité !

Cette première publication était : Complicité à trois. Une longue nouvelle, dont on imagine parfaitement le sujet à partir du titre… Une couverture avec des hommes dénudés, beaucoup de sexualité à l’intérieur. Ce n’était pas encore bien construit et d’ailleurs cela n’a pas eu de succès du tout. Puis j’ai publié les nouvelles que j’avais rédigées pour mon site Contesdegays, sous forme de trois recueils. Ces derniers étaient encore disponibles début 2025 et continuaient de se vendre. Mais ce n’était pas très bon, j’ai pris la décision de les retirer.

L’étape suivante est venue naturellement : publier mes romans rédigés sur Wattpad. C’est là que j’ai commis une erreur. J’ai repris ce que j’avais écrit, sans vraiment le modifier, simplement un copier-coller, pensant que cela ferait l’affaire. Encore une fois, Jean-Philippe, mon futur éditeur, m’a laissé faire. Comme s’il voulait que je commette mes propres erreurs, pour apprendre. De son côté, il publiait aussi ses livres, de manière beaucoup plus professionnelle.

Ces ouvrages, pour la plupart disponibles uniquement en numérique, ont connu leur petit succès. Rien d’exceptionnel, il faut dire que ce n’était pas génial. Il faut aussi se souvenir que les réseaux sociaux n’étaient pas aussi dynamiques qu’aujourd’hui. Du moins, c’est ma vision des choses. J’étais surtout sur Facebook, je ne touchais pas énormément à Instagram. Et je ne mettais pas assez d’énergie dans la promotion de mes ouvrages.

J’étais déçu. Je donnais beaucoup de mon temps à l’écriture. J’ai toujours pris plaisir à écrire, c’est essentiel. Mais ensuite, lorsqu’on publie et que l’on ne voit aucun début de succès, c’est désespérant. J’étais sur le point d’entrer dans une période de blues de l’écriture…

Le blues de l’écriture

 

Après mes premières publications sur KDP, et face au manque de succès, j’ai commencé une longue traversée du désert, version « auteur qui n’arrive plus à écrire ». Il y avait du monde pour lire mes ouvrages sur Wattpad. Parce que le site est gratuit. Mais au moment de proposer aux lectrices et lecteurs des livres payants, il n’y avait plus personne. Les romans, peu importe leur qualité, ne suscitaient aucun engouement. Même pas des mauvaises critiques. J’étais totalement invisible en tant qu’auteur.

Je continuais d’écrire, assez régulièrement. Simplement pour moi, sans grande conviction, sans plus penser à diffuser ce que j’étais en train de créer. À quoi bon ? C’est un travail énorme que de s’autoéditer, beaucoup d’entre vous le savent. Peut-être pas un investissement financier, le processus est gratuit sur Amazon. Mais un investissement en temps et en énergie. Je n’avais plus la force, puisque de toute façon on ne me lisait pas.

Dans ces conditions, comme tout auteur, je suis entré dans une phase de remise en question. Est-ce que j’écrivais mal ? Est-ce que mes histoires étaient nulles ? Est-ce que je ne faisais tout simplement pas assez de communication ? Pendant un temps, j’ai perdu la flamme, je n’arrivais plus à me battre. Même mon futur éditeur n’a pas réussi à me remonter le moral. D’ailleurs, de son côté il avait aussi abandonné, avec moi. Pour une raison simple : je n’écoutais pas ses conseils.

Il est difficile, en tant qu’auteur, d’accepter les critiques sur ce que l’on écrit. J’en prends pleinement conscience aujourd’hui alors que je regarde de quelle manière les choses se passent chez Antinoüs éditions. Les auteurs qui envoient un manuscrit partent du principe que leur livre est merveilleux, totalement achevé, qu’il n’y a pas une seule virgule à déplacer. Et lorsque la réponse est du style : « Votre manuscrit est bon, si nous vous publions il y aura tout de même à le retravailler », ils se braquent, ils refusent que quelqu’un leur dise qu’ils ne sont pas des génies de la littérature.

Aujourd’hui, cela me fait sourire, parce que j’étais dans le même état d’esprit. Mon futur éditeur a pris un temps énorme pour réviser le manuscrit d’Amitié améliorée, émettant beaucoup de commentaires, pour le perfectionner. J’ai tout refusé en bloc, me prenant pour la plus grande plume qui existe dans l’univers. Accepter les critiques constructives, c’est essentiel, mais tellement difficile pour chacun de nous. Je suis redescendu de mon piédestal, lorsque j’ai croisé la route d’un autre auteur avec lequel est née une émulation mutuelle…

La motivation

Sébastien Chevrey m’a un jour envoyé un e-mail. Il faisait partie de celles et ceux qui lisaient mes histoires sur Wattpad. Je n’en savais rien, puisqu’il était dans la catégorie de ces lecteurs qui ne laissent pas de commentaire, même s’ils lisent tout et apprécient. Il a été touché par l’une de mes histoires : Dany !

Eh oui, à l’origine, c’est moi qui ai développé l’histoire de Dany. Pendant la période de blues de l’écriture que j’évoquais précédemment. L’idée était bonne, l’exécution était plutôt mauvaise. Je n’ai pas réussi à transmettre une émotion dans cette histoire, certainement parce que je m’étais lancé sur un sujet que je ne maîtrise pas. Il faut écrire à la fois avec son cœur et son vécu, pour qu’un roman acquière de la force.

De son côté, Sébastien avait rencontré un homme tel que Dany, dans la vraie vie. Lorsqu’il a lu ma version de l’histoire, il a été touché au plus profond de son âme. Mais il avait aussi remarqué que je n’avais pas réussi à donner une véritable consistance au personnage. Il m’a demandé l’autorisation de reprendre le texte, le fond de l’histoire et de l’écrire à sa manière. C’est la version que vous connaissez aujourd’hui.

Je lui ai donné cette autorisation parce qu’assez rapidement, il a intégré notre cercle d’amis. Nous étions désormais un trio : Jean-Philippe, Sébastien et moi. Nous sommes alors en 2022 et l’idée de créer une maison d’édition est en germe. Il faudra encore attendre un peu avant la naissance d’Antinoüs éditions, mais nous n’étions pas pressés, nous voulions faire les choses bien.

Ma motivation était revenue, grâce à l’émulation entre nous trois, auteurs, se lançant mutuellement des défis. Le plus grand a été l’écriture des aventures de Mathieu. J’en ai écrit ma version, Sébastien a écrit la sienne. Puis nous avons mis nos œuvres en commun, sous la direction de notre futur éditeur. Pour aboutir à la version que vous connaissez sous forme de série littéraire !

Nous avons vécu une période de créativité intense, au bout de laquelle nous avions désormais plusieurs livres à publier. Il ne restait plus qu’à trouver une maison d’édition… ou la créer !

Se lancer

Nous sommes en 2023. J’ai trois livres remaniés et désormais achevés. Sébastien en a deux. Nous voulons nous lancer dans la publication. Avec nous, il y a notre futur éditeur, déjà à la tête d’une maison d’édition, qui veut se lancer pour créer la première maison d’édition française exclusivement consacrée à la romance MM. Tous les ingrédients sont là, il ne reste plus qu’à…

Le nom de cette maison d’édition est apparu comme une évidence. Antinoüs était l’amant de l’empereur Hadrien, au premier siècle de notre ère. Ils étaient très amoureux, mais un jour, Antinoüs « est suicidé », disparaissant dans le Nil. Inconsolable de la perte de son amour, l’empereur romain fera multiplier les statues à l’effigie de son amant. La plupart sont désormais au Louvre. Il ira même jusqu’à lui édifier une ville, en Égypte et à faire de lui une divinité. Assez rapidement, dans beaucoup de cultures, Antinoüs deviendra le dieu de l’amour.

C’est ainsi qu’Antinoüs éditions a reçu son nom. Le premier roman publié a été Amitié améliorée. Nous ne savions pas du tout ce que cela allait donner et il y avait une grande crainte de notre part. Surtout pour moi, étant donné qu’on lançait la maison avec un de mes livres et que je n’avais pas connu le succès en autoédition. Mais grâce à vous, lectrices et lecteurs, la maison d’édition a fait son petit buzz tout de suite et Amitié améliorée a trouvé son public ! Je ne vous remercierai jamais assez.

Dès le départ, nous avons ainsi reçu une bouffée d’énergie et de motivation de la part des lectrices et des lecteurs. De quoi nous rassurer, et nous permettre de continuer. Aujourd’hui, la maison d’édition en est vingt livres publiés et une série : Mathieu. Dans les prochaines semaines, je prendrai le temps de revenir sur chacun de mes livres, pour vous parler de leur genèse, de l’idée jusqu’à la publication.

Amitié améliorée

On demande souvent à un auteur d’où lui viennent ses idées. Pour ma part, je me base sur les expériences que j’ai pu vivre. Bien entendu, ensuite, mes souvenirs sont romancés, transposés dans d’autres situations, en inventant les prénoms des personnages. Mais le fond de chaque livre, c’est d’abord et avant tout une expérience personnelle.

Amitié améliorée, c’est le souvenir d’un de mes meilleurs potes, à l’époque de l’université. Un hétéro, du moins en apparence. Nous passions énormément de temps ensemble, alors qu’il avait une petite amie. Que faisions nous de ce temps ? Principalement, on jouait à la console et on regardait des anime. Il savait fouiller sur les sites de piratage pour en trouver.

Et puis, un été, sa copine est partie sur un chantier de fouilles, elle suivait des études en archéologie. Nous nous sommes ainsi retrouvés tous les deux avec un objectif : faire du sport ! La salle, des balades en rollers, à vélo, des footings. Nous étions à fond. Ne le cachons pas, pour moi c’était un peu plus qu’un ami. Il faut dire qu’il était beau, séduisant, drôle. Il avait toutes les qualités. Il était ma motivation pour transpirer !

On passait aussi nos soirées ensemble, jusque tard dans la nuit. Alors, souvent, je dormais chez lui. Je ne sais pas s’il l’a compris ou non, je fantasmais beaucoup sur son corps. Je le regardais, allongé, en train de dormir, simplement en caleçon. Je savais ce qui se cachait en-dessous, puisque je parle d’une époque où dans la plupart des salles de sport les douches étaient collectives, il n’y avait ainsi aucun mystère.

C’est la base d’Amitié améliorée et grâce à l’écriture j’ai pu mener l’histoire jusqu’au bout. Parce que dans la réalité, je n’ai jamais rien tenté. Ce n’est pas l’envie qui m’en manquait. Seulement, lorsque nous ne sommes pas dans une fiction, lorsqu’on n’a pas le contrôle du scénario, c’est beaucoup plus difficile. On ne peut pas savoir ce qu’un geste ou une parole pourraient briser.

Dans ce genre de cas, on arrive à se convaincre que l’autre a aussi envie d’aller plus loin. Mais est-ce la réalité ou simplement un fantasme ? Je crois qu’il était perturbé, par l’ambiguïté de cette amitié. C’est la raison pour laquelle nous avons fini par nous éloigner, aucun de nous deux n’a eu le courage de tenter quoi que ce soit. Est-ce un regret ? Pas vraiment, les sentiments sont quelque chose de compliqué.

Amitié améliorée, c’est ce que j’aurais voulu vivre avec ce meilleur pote…

Ma vraie nature

Pour ce roman, tout est parti d’une discussion avec un collègue de travail. Il avait créé un « scandale ». Il ne faut pas grand-chose pour faire la une des ragots autour de la machine à café, dans des bureaux… Il venait de se séparer de sa femme, pour se mettre en couple avec un homme. En plus, il avait des enfants, imaginez donc !

C’est son histoire et celle de tant d’autres que je raconte dans Ma vraie nature. Ces quarantenaires, qui n’ont plus rien à prouver et qui enfin peuvent assumer leur préférence. Parce qu’elle n’est pas si lointaine, cette époque, où il n’était pas socialement acceptable d’être homosexuel. On ne parlait pas de pacs, et encore moins de mariage pour tous. Alors, beaucoup ont choisi de taire leur préférence et de suivre le schéma classique : épouser une femme et avoir des enfants.

Ils ne l’ont bien évidemment pas fait contraints et forcés, ils se sont mariés par amour et sont heureux d’avoir des enfants, qu’ils aiment. C’est un processus pour le moins complexe, quand on doit étouffer ce que l’on voudrait vraiment pour faire comme tout le monde, pour se conformer à ce que la société attend.

Ces hommes atteignent aujourd’hui la quarantaine, voire plus, et tout a changé. L’homosexualité n’est plus une tare, du moins dans notre pays, même si tout n’est pas encore gagné. Ces quarantenaires ont une vie bien installée, un job, des amis et les enfants sont en âge de prendre leur indépendance. Alors, ils décident de ne plus cacher leurs sentiments et n’hésitent plus à bouleverser leur vie pour exprimer leur véritable nature.

Ainsi, je voulais raconter cette histoire pour donner une voix à tous ceux qui passent par cette étape cruciale de leur vie. Quand on finit par être en adéquation avec soi-même, que l’on peut exprimer librement son amour, forcément la vie est beaucoup plus belle. Espérons que les générations qui suivent n’auront plus à se cacher.

Ma vraie nature est pour tous ceux qui ont connu deux vies. L’amour pour une femme. Puis l’amour pour un homme. Pour tous ceux qui se sont réconciliés avec eux-mêmes.

Pascal : L’affaire Raphaël

Il s’agit à nouveau d’un roman très particulier, pour moi, qui me touche profondément. Le cœur de l’histoire est le mécanisme de l’emprise, que trop de personnes subissent à l’intérieur même du couple. Quand l’un des deux prend l’ascendant sur l’autre, essaie de le changer, de le contraindre, pour le façonner selon sa volonté. L’emprise est insidieuse, puisqu’elle revêt les apparences de l’amour. Quand on aime, on est prêt à tout pour sa moitié. Quand aime, on devient aveugle à la réalité.

L’emprise commence lorsque le conjoint fait tout pour isoler sa victime, car il faut parler de victime, l’éloigner de sa famille et de ses amis. Ces derniers sont considérés comme une menace, puisqu’ils ont la lucidité nécessaire pour comprendre ce qui est en train de se passer. L’isolement est ainsi le premier objectif du pervers narcissique, qui veut prendre le contrôle total. Lorsque l’on se coupe des siens et de la vie sociale, on s’enferme dans le mécanisme de l’emprise.

Il est très difficile de s’en sortir, car ce n’est pas simple de demander de l’aide. Avant cela, il faut une prise de conscience, réaliser ce que l’autre, celui qu’on aime, nous fait. Il faut du temps, même lorsque l’emprise devient brutale. Car quand le pervers narcissique sent qu’il n’a plus la main mise sur l’autre, il devient violent, physiquement et par les mots. Pour rabaisser sa victime, pour la rendre plus fragile, pour lui faire peur. La volonté disparaît, le courage aussi, c’est ce qui rend la situation si dramatique. La victime n’a plus la force de demander de l’aide.

Ce livre n’est pas un témoignage. J’ai imaginé un policier, enquêtant sur la situation d’une victime. Avec des notes d’humour. L’essentiel était de faire passer le message. Les lectrices et lecteurs ont très bien compris la gravité du sujet, même si le roman garde une apparence légère. Il ne s’agissait pas de déprimer tout le monde, mais d’alerter. Il faut rester attentif, à nos proches, famille et amis, dont trop souvent on ne voit pas la détresse. Il ne s’agit pas de se méfier de tout le monde, mais de reconnaître les signes.

Il y aura une suite à Pascal : L’affaire Raphaël. Le prochain sujet sera aussi très lourd, c’est ainsi difficile à écrire. Seulement c’est important de profiter d’un roman pour faire passer un message, c’est la raison pour laquelle j’écris.

Roommate

Je vais évoquer les deux tomes de Roommate ensemble, puisqu’ils forment un tout. À l’origine, il ne devait y avoir qu’un seul livre. Puis, en écrivant, je me suis rendu compte que j’avais beaucoup trop de choses à dire. Il est assez rapidement devenu évident qu’il fallait scinder l’histoire en deux.

C’est une fois de plus un récit amplement autobiographique. Durant mes études supérieures, j’ai passé un an aux États-Unis, dans le cadre d’un programme d’échange. Ainsi, le décor de ces romans reprend, comme fil conducteur, ce que j’ai vécu. La résidence dans laquelle j’étais ne réunissait que des sportifs, uniquement des hommes. On sait que pour les universités américaines, les équipes sportives sont essentielles, elles permettent de faire briller l’établissement, tout ceci est pris très au sérieux. L’ambiance était dingue !

Le premier ami américain que je me suis fait, durant ce séjour, était un jouer de football. Nous n’étions pas roommates, cette partie est inventée, je raconte toujours ce que j’aurais aimé vivre, je laisse parler mon imagination. Nous partagions simplement un même cours et étions assis côte à côte. Très rapidement, nous avons commencé à parler, les Américains sont très ouverts. Ils fonctionnent à l’inverse des Français. De prime abord nous avons une certaine méfiance, il faut du temps pour qu’on accorde notre confiance. Les Américains, eux, font confiance tout de suite et il faut ensuite prouver qu’on est digne de cette confiance.

Grâce à cet étudiant, j’ai été rapidement intégré au mode de vie américain, je n’ai pas passé beaucoup de temps avec les étudiants internationaux. Ils étaient contents qu’un français s’intéresse à leur culture, nous jouissons quand même encore d’un certain prestige, la France représente le luxe, le bon goût, la gastronomie. Ils m’ont fait participer à toutes leurs activités, y compris les soirées dans les fraternités, tous les week-ends !

Le deuxième étudiant que je peux considérer comme un ami était un autre joueur de baseball. Ainsi, Steven et Chad sont très largement inspirés de ces deux Américains avec lesquels j’ai passé tellement de temps. On peut dire que presque tout est autobiographique. Mais comme dit, j’ai imaginé les histoires d’amour. Lorsque j’écris, je me base sur ce que j’ai vécu, en le transformant pour imaginer ce que j’aurais voulu vivre, de belles histoires romantiques.

Roommate – Le quarterback et Roommate – Le pitcher, sont une version romancée de ce que j’ai réellement vécu. Ainsi, ces deux romans me tiennent particulièrement à cœur, car selon mon point de vue, j’ai réussi à retranscrire l’atmosphère de l’époque. C’est ma vie, version romance…

Sans amour fixe

Aimer, c’est apprendre à se connaître.

L’amour naît comme une étincelle. Un regard, un sourire, une connexion se crée instantanément entre deux êtres. C’est le point de départ, essentiel, d’une grande aventure à deux. L’amour se défie de toutes les frontières. Aussi bien physiques, parfois il y a une distance géographique entre deux cœurs qui s’aiment. Mais aussi, et c’est le thème de Sans amour fixe, il y a une distance selon le statut social.

Pendant des siècles, on ne pouvait s’aimer que si l’on appartenait à la même classe sociale. Certainement qu’alors, la signification de l’amour n’était pas la même. En réalité, l’amour n’a pas de règles, ne se contraint pas. C’est un peu comme ces époques où l’on tombait amoureux d’une personne de son village. Parce qu’il n’y avait pas tous ces moyens de transport et de communication. Désormais, tout est possible !

L’amour se fiche de toutes les barrières que l’on peut ériger, le sentiment n’a aucune limite. Dans Sans domicile fixe, deux hommes connaissent cette étincelle. Leurs regards se croisent, ils comprennent ce qui les lie. Socialement, ils n’appartiennent pas à la même catégorie. L’amour semble impossible, ils ont tous les deux perdu l’espoir. Heureusement, ils vont prendre le temps d’apprendre à se connaître.

C’est cela l’amour. Une étincelle, puis un sentiment qui grandit, à mesure que l’on discute, que l’on échange, que l’on se découvre. Et alors, au fil de l’aventure à deux, ce que l’on prenait pour des obstacles, des frontières, des épreuves, tout s’évapore.

Deux cœurs qui doivent s’unir ne peuvent être séparés par rien, ce qui ne veut pas dire qu’il ne faut fournir aucun effort…

Un commentaire

  1. Magnifique cet épisode.
    J’aime tellement ce roman qui a été ma première lecture homoromance. Ma
    Première fois comme on-dit et non des moindres. Je chéris particulièrement Ma Vraie Nature qui a une place unique dans mon coeur.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *